Affichage des articles dont le libellé est Roberto Juarroz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roberto Juarroz. Afficher tous les articles

vendredi 9 octobre 2009

La part de oui et la part de non

.
La part de oui
qu'il y a dans le non
et la part de non
qu'il y a dans le oui
sortent parfois de leur lit
et s'unissent dans un autre lit
qui n'est plus ni oui ni non.

Dans ce lit court le fleuve
des plus vives eaux.

Roberto Juarroz

(Photo trouvée sur le net)

lundi 29 juin 2009

La normalité

Tout organisme pour s'adapter doit innover, tenter une aventure hors de la norme, engendrer de l'anormalité afin de voir si ça marche, car vivre, c'est prendre un risque.
Boris Cyrulnik

Peut-on considérer comme normal un homme qui, pour la première fois de sa vie, se permet d'être absolument sincère, d'exprimer ses pensées sans les atténuer par des formules de politesse et sans dire oui lorsqu'il a envie de dire non.
Alexandra Marinina

Heureux les normaux, ces êtres étranges. Mais qu'ils laissent la place à ceux qui font les mondes et les rêves.
Roberto Fernandez Retamar

L'anormalité est aussi légitime que la règle.
Gustave Flaubert



C'est quoi la normalité ?...
La normalité, moi, je trouve que c'est d'un ennui...
Ne vous a-t-on jamais dit : "Mais, tu n'es pas normal(e) !"...
Moi, je suis flattée si on me le dit... sourire.
Ne pas rentrer forcément dans la norme, que cela fait du bien !...

Et vous, que pensez-vous de la normalité ?
A vos plumes ! Je serais ravie de le savoir !

Bon début de semaine à toutes et tous !
Et bonnes vacances à celles et ceux qui les débutent !

.

jeudi 25 juin 2009

Un amour au-delà de l'amour

Un amour au-delà de l'amour,
plus haut que le rite du lien,
au-delà du jeu sinistre
de la solitude et de la compagnie.

Un amour qui n'ait pas à revenir,
mais non plus à s'en aller.
Un amour non soumis
aux frénésies d'aller et venir,
d'être éveillés ou endormis,
d'appeler ou de se taire.

Un amour pour être ensemble
ou pour ne l'être pas,
mais aussi pour tous les états intermédiaires.

Un amour qui serait comme ouvrir les yeux.
Et peut-être aussi comme les fermer.

Roberto Juarroz

vendredi 14 novembre 2008

Cet impossible

Je me tourne vers toi,
au lit ou dans la vie,
et je découvre que tu es faite d'impossible.

Je me retourne alors vers moi
et je vois la même chose.

C'est pour cela
que bien qu'aimant le possible,
nous finirons par l'enfermer,
pour qu'il n'empêche plus cet impossible
sans lequel nous ne pouvons vivre ensemble.

Roberto Juarroz
Poésie verticale

mardi 2 septembre 2008

Un morceau de rêve

Je me suis réveillé,
un morceau de rêve entre les mains,
et n'ai su que faire de lui.
J'ai cherché alors un morceau de veille
pour habiller le morceau de rêve,
mais il n'était plus là.
J'ai maintenant un morceau de veille entre les mains
et ne sais que faire de lui.

A moins de trouver d'autres mains
qui puissent entrer avec lui dans le rêve.

Roberto Juarroz

lundi 9 juin 2008

Il est des messages

Il est des messages dont le destin est la perte,
des mots antérieurs ou postérieurs à leur destinataire,
des images qui viennent de l'autre côté de la vision,
des signes qui pointent plus haut ou plus bas que leur cible,
des signaux sans code,
des messages enrobés dans d'autres messages,
des gestes qui butent contre la paroi,
un parfum qui régresse sans retrouver son origine,
une musique qui se déverse sur elle-même
comme un escargot définitivement abandonné.

Mais toute perte est le prétexte d'une rencontre.
Les messages perdus
inventent toujours qui doit les trouver.

Roberto Juarroz
Poésie verticale - Ed. Fayard, p. 110

jeudi 29 mai 2008

Avec des mots

Nous sommes le brouillon d'un texte
qui ne sera jamais mis au net.

Avec des mots rayés,
répétés,
mal écrits
et même avec des fautes d'orthographe.

Avec des mots qui attendent,
comme attendent tous les mots,
mais ici abandonnés,
doublement abandonnés
entre des marges droites et vides.

Il suffirait pourtant qu'une seule fois
ce brouillon maladroit soit lu à voix haute,
pour que nous n'attendions plus désormais
de texte définitif.

Roberto Juarroz,
Poésie verticale, Ed. Fayard, p. 170

mercredi 20 février 2008

Un arbre, un oiseau, ...

Un arbre enveloppe un nuage,
un oiseau enveloppe l'arbre
et une plume de l'oiseau disperse l'air
pour faire place au signe maintenant là.

Ce qui enveloppe est enveloppé par ce qu'il enveloppe
mais le signe nouveau passe justement
entre l'enveloppe et ce qui enveloppe
et défait le paquet.
Le soir devient un dieu.

Un arbre descend alors d'un nuage,
le nuage descend d'un oiseau
et une plume de l'oiseau écrit le nouveau signe
sur le versant qui vient d'être dégagé.

Roberto Juarroz
Poésie verticale, Ed. Fayard, p. 72

FEMMES ET HOMMES

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents,
Ne vous laissez pas attacher,
ne permettez pas qu'on fasse sur vous des rêves impossibles...
On est en Amour avec vous tant que vous correspondez au rêve que l'on a fait sur vous,
alors le fleuve Amour coule tranquille,
les jours sont heureux sous les marronniers mauves,
Mais s'il vous arrive de ne plus être ce personnage qui marchait dans le rêve,
alors soufflent les vents contraires,
le bateau tangue, la voile se déchire,
on met les canots à la mer,
les mots d'Amour deviennent des mots-couteaux qu'on vous enfonce dans le coeur.
La personne qui hier vous chérissait vous hait aujourd'hui;
La personne qui avait une si belle oreille pour vous écouter pleurer et rire
ne peut plus supporter le son de votre voix.
Plus rien n'est négociable
On a jeté votre valise par la fenêtre,
Il pleut et vous remontez la rue dans votre pardessus noir,
Est-ce aimer que de vouloir que l'autre quitte sa propre route et son propre voyage?
Est-ce aimer que d'enfermer l'autre dans la prison de son propre rêve?

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
ne vous laissez pas rêver par quelqu'un d'autre que vous même
Chacun a son chemin qu'il est seul parfois à comprendre.
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent,
Si nous pouvions être d'abord toutes et tous et avant tout et premièrement des amants de la vie,
alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs,
Ces éternels mendiants qui perdent tant d'énergie
et tant de temps à attendre des autres des signes,
des baisers, de la reconnaissance
Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la vie,
Tout nous serait cadeau
Nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même
Moi seul connais le chemin qui conduit au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie
et dans sa peau...
A chacun sa texture
son message et ses mots

Julos Beaucarne