Je vous propose ci-dessous un peu de lecture à ce sujet : L'imagination durant le sommeil.
Belle fin de soirée à vous, et bonne nuit. Et surtout, faites de beaux rêves...

Dans le sommeil, tous les organes se reposent par le ralentissement ou l'arrêt des mouvements, mais le cerveau en est le principal bénéficiaire. Toutefois, l'imagination et la mémoire continuent à jouer normalement, avec une indépendance plus grande qu'à l'état de veille : ce sont elles les grandes pourvoyeuses des rêves. Pendant le sommeil, l'attention se relâche, la conscience s'assouplit et la volonté devient incapable d'efforts. Les associations d'idées se font au hasard et résultent souvent d'impressions sensorielles confuses, dues à des incidents extérieurs affectant la vue, l'ouïe, le toucher et quelquefois l'odorat. La plupart des associations formées dans le sommeil (en dehors des impressions sensorielles) sont analogues à celles se développant dans la folie ; elles sont provoquées par l'imagination en délire et laissent souvent, après le réveil, une contrainte mentale lorsqu'un rêve extravagant demeure dans l'esprit.
L'imagination est d'autant plus à l'aise pour agir pendant le sommeil qu'aucune des causes capables de la freiner ne peut intervenir. A l'état de veille, elle est dominée par les perceptions et les sensations du moment, l'évocation des souvenirs, la réflexion, le raisonnement et la succession des images mentales lui laisse peu de place pour interposer ses créations fantaisistes. Elle entre en jeu seulement lorsqu'on fait appel à ses merveilleuses possibilités, et elle se montre d'autant plus féconde qu'on sait la guider, la diriger et lui fournir des éléments sur lesquels elle peut s'appuyer pour entrer en utile fermentation.
Il n'y a pas de sommeil sans rêve, mais il y a, au réveil, de nombreux rêves oubliés. Quoi qu'il en soit, dans les rêves les images semblent appartenir à la réalité ; le réel et l'imaginaire se confondent, il n'y a plus d'opposition entre les sensations du moment et les images venant du fonds individuel. Les productions de l'esprit se présentent comme si elles étaient apportées par le monde extérieur, et il est tout naturel qu'il en soit ainsi puisque le monde extérieur ne fournit rien, sauf les impressions sensorielles confuses. Aucune rivalité n'existe entre l'imagination et la conscience, et l'être endormi ne réagit en aucune façon pour analyser ses sensations. Contrairement à ce qu'il ferait dans l'état de veille, au lieu de considérer toutes ses pensées comme émanant de ses réflexions, il les considère comme les recevant de l'extérieur, comme amenées par des suggestions étrangères. Les images se forment sans contrôle et se succèdent sans lien logique, dans une incohérence dont le rêve est forcément imprégné.
Les associations d'images dans le rêve ne se forment pas comme les associations d'idées dans l'état de veille ; les rapprochements faits par le hasard, quelles que soient leur fugacité et leur insignifiance, s'ils consistent dans une analogie de sens, de forme, de consonance dans les mots et de ressemblance plus ou moins vague dans les choses, servent à des enchaînements où se succèdent les images les plus disparates, les plus invraisemblables.
Antoine Luzy
La puissance du regard - (Le regard et le sommeil),
Ed. Dangles, p. 130-131
Le dessin est de Pablo Picasso