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jeudi 22 avril 2010

La rencontre

La rencontre n'est pas un mot banal. C'est au contraire un événement, un traumatisme presque, puisqu'il nécessite une interprénétration. On se déroute quand on se rencontre, sinon on ne fait que se croiser ou s'éviter. Un amour, c'est deux personnes qui associent leurs désirs dans l'acte sexuel et conjuguent leurs styles affectifs dans la vie de chaque jour. Ce trauma désiré provoque l'épanouissement de soi, hors de soi, avec un autre... au risque de l'effraction. Toute rencontre est un déroutement qui peut mener à la déroute parce que l'amoureux (l'amoureuse) donne à l'autre le droit d'entrer dans son corps et dans son âme. La conjugaison des désirs et des manières d'aimer donne ainsi à l'aimé le pouvoir d'épanouir l'amoureux... ou de le déchirer.

Boris Cyrulnik - Parler d'amour au bord du gouffre

mercredi 10 mars 2010

L'essentiel est de ne pas se perdre de vue

Un peu de lecture, si vous avez le temps et l'envie...
Extraits du livre "Je t'aime la vie" de Catherine Bensaïd,
qui a également écrit l'ouvrage que beaucoup connaissent :
"Aime-toi, la vie t'aimera".


Sait-on jamais pourquoi on est là où l'on est ? A qui pourrait nous demander : "Pourquoi tel métier, tel choix de vie, telle passion à aimer, à comprendre, à créer ?" sommes-nous capables de répondre ? Et, si réponse il y a, peut-on être sûr que ce soit la bonne ? Une chose est certaine : il importe que nous nous posions à nous-mêmes cette question, en notre âme et conscience. La question est déjà une ébauche de réponse.

L'essentiel est de ne pas se perdre de vue. Le doute, la douleur, la peur peuvent nous rendre inattentifs à nous-mêmes. On court au plus pressé : apaiser notre esprit inquiet, lui apporter dans l'immédiat un peu de tranquillité. On s'éloigne, sans même s'en apercevoir, de ce qui doit être notre route. Celle qui, différente pour chacun de nous, est évidente et lumineuse dès lors que nous y sommes engagés.
Route que nous sommes seuls à connaître, et seuls à pouvoir trouver. A condition de ne pas nous laisser distraire par des faits, actes et paroles sans importance, ni séduire par des chimères. Il faut, peu à peu, apprendre à s'abstraire de toute influence qui nous détourne de notre voie. Stefan Zweig disait, à propos de Montaigne : "Il s'est adonné comme personne d'autre au plus sublime art de vivre : rester soi-même."

Que de désirs restent à l'état embryonnaire d'intentions et autres résolutions que nous égrenons régulièrement sans y prêter attention. Combien remettent à plus tard la réalisation de ce qui, pourtant, leur tient le plus à coeur ? Ils continuent à rêver plutôt que de prendre le risque de voir leurs rêves ne pas se réaliser. Ils trouvent les bons prétextes, et les mauvaises raisons, pour ne pas agir. En premier lieu, la vie ne leur a pas donné l'opportunité d'accomplir ce qu'ils avaient à accomplir. "Je n'ai vraiment pas de chance", disent-ils. Leur douleur de vivre, la vie en est coupable.
Ils savent qu'ils sont en partie responsables de ce qu'ils vivent. Mais face à eux-mêmes, le courage leur manque. Ils ne peuvent faire intervenir leur volonté et souffrent du frein qu'ils mettent eux-mêmes à leurs actions, de ce point de rupture entre leurs élans et leurs actes. Entre savoir ce qu'il faut faire et le faire, il peut y avoir un temps infini. Mais vient un temps où il est trop tard.
Et ce n'est jamais une solution de se lamenter sur sa vie sans rien y changer. D'autant que l'on se sent coupable de ne pas agir comme on sait devoir le faire. Si cette culpabilité est trop lourde à porter, certains la projettent sur les autres : "C'est la faute de ma mère, de mon père, de ma femme, de mon mari, de mon patron." Tout plutôt que de se trouver confronté à ses propres failles.
Il est toujours plus facile de faire porter aux autres ses imperfections. Jusqu'à ce que l'on découvre que les conflits qui nous opposent aux autres sont la conséquence de nos conflits intérieurs. Travaillons sur nos propres contradictions : notre relation avec les autres deviendra, comme par magie -même si c'est l'effet d'un long travail-, plus fluide et plus harmonieuse. Cessons d'attendre de l'extérieur ce qui ne peut être que l'effet d'une métamorphose intérieure.

Cette métamorphose est la résultante des nombreux changements que nous avons pu effectuer tout au long de notre vie. Elle est le but de nos renaissances successives. Mais elle n'est pas une finalité. Elle ouvre la voie à un commencement, à une autre vie qu'il ne faut pas craindre. Bien au contraire, il faut tendre nos actes et nos pensées vers cet inconnu que nous ignorons, mais que nous pressentons.
Chacun sait, au plus profond de son intimité avec lui-même, ce qu'il lui faut faire. Mais il fait taire cette petite voix intérieure et il se laisse étourdir par le tumulte du monde qui l'environne. Il faut, pour mieux s'entendre, avoir confiance en soi. Celle-ci ne ne manifeste pas, comme on le croit fréquemment, par le fait d'imposer ses pensées à la face du monde, avec force et autorité ; ni, pour se faire entendre, de crier plus fort que les autres. C'est faire silence, au plus profond de sa solitude, pour être à l'écoute de sa propre vérité.
Cette vérité qui est, justement, notre chemin. Cette vérité que nous ne pouvons percevoir qu'à travers la justesse de nos sensations ; nous ne pouvons savoir autrement qu'à travers nos propres sensations si nous sommes là où nous devons être. C'est le sentiment profond d'une paix intérieure qui peut nous indiquer que nous n'avons pas fait fausse route. Ce n'est pas notre raison qui nous guide. Notre raison n'est pas toujours sage ; elle est trop sérieuse. Et il nous faut être un peu fou pour être sage.

Catherine Bensaïd (Je t'aime la vie)

vendredi 12 février 2010

La prochaine fois...

La prochaine fois que je viendrai au monde ici je transcrirai chaque minute dès le début. Je n'en consommerai pas une seule sans réfléchir d'abord, et le cas échéant j'arrêterai le temps afin qu'il attende ma décision. Je choisirai les jours de calme, le travail, les nuits ardentes, les proches les plus sages, mes amours les plus belles et les plus fidèles. Avant la scène de l'amour, pendant et après, ni mon partenaire ni moi-même ne devrons nous sentir étrangers. Jamais, si la vie dépérit et avec elle toutes les choses, je ne me dirai que demain il sera trop tard.

Pentti Holappa
(Les mots longs)

mercredi 14 octobre 2009

Femmes qui courent avec les loups / 3

(...)

En outre, trop de femmes ont fait un terrible voeu, des années auparavant. Etant jeunes, elles ont été privées d'encouragement et de soutien et, tristes et résignées, ont donc posé leur stylo, abandonné leurs pinceaux, cessé de chanter en jurant de ne plus y toucher. Celles qui ont agi ainsi se sont réduites en cendres, sans le savoir, avec leur vie cousue main.

Les complexes peuvent faire très mal et réussir, temporairement du moins, à ce que la femme ne parvienne pas totalement à accomplir l'oeuvre ou à mener la vie souhaitée, et à l'anéantir dans les flammes de sa haine à l'égard d'elle-même. Ainsi de nombreuses années vont-elles se passer à ne pas bouger, ne pas apprendre, ne pas obtenir, ne pas trouver, ne pas engager, ne pas devenir.

Parfois, c'est la jalousie ou la volonté de destruction d'une autre personne à son encontre qui va détruire la vie qu'envisage cette femme. La famille, les professeurs, les mentors ne sont pas censés se montrer destructeurs s'il leur arrive d'éprouver de l'envie et pourtant cela se produit, avec plus ou moins de subtilité. Aucune femme ne peut se permettre de laisser sa vie créatrice suspendue à un fil au cours de sa relation avec un amant, un parent, un professeur, un ou une amie.

Quand sa vie créatrice est ainsi réduite en cendres, la femme perd son trésor vital et commence à se comporter de manière aussi infertile que la Mort. Mais dans son inconscient, le désir des souliers rouges (conte : Les souliers rouges cousus main), de la joie sauvage, est toujours là ; il croît, même, avant d'émerger, avec un appétit féroce.

Quand on est dans un état de Hambre del Alma (la faim de l'âme), quand on est une âme privée de nourriture, la faim est omniprésente. La femme est affamée de tout ce qui va lui permettre de se sentir de nouveau vivante. Après avoir été capturée, elle va prendre tout ce qui lui paraît ressembler au trésor originel, que ce soit ou non bon pour elle. Même si en apparence elle est parfaitement lisse, à l'intérieur, elle n'est que mains qui se tendent et bouche affamée.

Elle va donc prendre toutes les nourritures qui se présentent, car elle tente de compenser des manques du passé. Même si c'est là une situation catastrophique, le Soi sauvage tente sans fin de nous sauver. Il chuchote, gémit dans nos rêves nocturnes jusqu'à ce que nous ayons conscience de notre condition et prenions les premières mesures pour récupérer le trésor.

(...)

Clarissa Pinkola Estés,
Femmes qui courent avec les loups,
Ed. Grasset, 1996, p.212


mercredi 16 septembre 2009

Femmes qui courent avec les loups / 2

Il y a quelques jours, je vous ai parlé d'un livre : Femmes qui courent avec les loups.
J'ai bientôt terminé de le lire. Il est passionnant ! Je crois bien qu'il va devenir mon nouveau livre de chevet...
Pour vous, en voici un extrait :

La nature duale des femmes

"Etre proche d'une femme sauvage, c'est se trouver en présence de deux femmes : l'être extérieur et la criatura intérieure, l'une qui vit dans le monde du dessus, l'autre qui vit dans le monde qui ne se laisse pas facilement voir. La créature extérieure vit au grand jour. On peut l'observer facilement. Elle est souvent pragmatique, acculturée, très humaine. La criatura, elle, émerge souvent à la surface après un long voyage, apparaissant et disparaissant tout aussi vite, mais laissant toujours derrière elle le sentiment de quelque chose qui surprend, qui est original, qui sait.

Dans leur tentative pour comprendre cette nature duale, il arrive que les hommes et parfois les femmes elles-mêmes ne sachent à quels saints se vouer. La nature jumelle des femmes a ceci de paradoxal que lorsqu'un côté est, sur le plan des sentiments, plutôt cool, l'autre a la fièvre. Quand un côté a des relations enrichissantes, l'autre peut être de glace. Un côté peut être plus heureux, plus souple et l'autre se languir d'un "je ne sais quoi". L'un peut être ensoleillé, l'autre pensif et aigre-doux. Ces "deux" femmes-qui-n'en-font-qu'une" sont des éléments séparés mais conjoints qui offrent des centaines de combinaisons dans la psyché."

Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups,
Ed. Grasset, 1996, p.114


Photo trouvée sur le net

lundi 31 août 2009

Femmes qui courent avec les loups / 1

Bonsoir à vous, chers lecteurs et lectrices de mon blog !
Me voici enfin de retour, prête pour une nouvelle rentrée ! Eh oui, les vacances ne durent pas in eternam, vous le savez bien vous aussi...
Pendant celles-ci, j'ai écrit, j'ai peint, j'ai écouté de la musique, j'ai marché et aussi, j'ai lu, beaucoup lu. Et entre autres, j'ai lu un livre que toutes les femmes devraient lire - et les hommes aussi également, ce serait même très bien (sourire). Mais vous le connaissez peut-être : "Femmes qui courent avec les loups" de Clarissa Pinkola Estés. Un livre passionnant, que je n'ai pas encore fini de lire d'ailleurs, car je prends le temps. Lorsque j'aime, je prends le temps. C'est ainsi.
Je vous mettrai des extraits prochainement.
Je vous conseille vivement de le lire !




Ci-après, le quatrième de couverture :
Chaque femme porte en elle une force naturelle riche de dons créateurs, de bons instincts et d'un savoir immémorial. Chaque femme a en elle la Femme Sauvage. Mais la Femme Sauvage, comme la nature sauvage, comme l'animal sauvage, est victime de la civilisation. La société, la culture la traquent, la capturent, la musellent, afin qu'elle entre dans le moule réducteur des rôles qui lui sont assignés et ne puisse entendre la voix généreuse issue de son âme profonde. Pourtant, si éloignées que nous soyons de la Femme Sauvage, notre nature instinctuelle, nous sentons sa présence. Nous la rencontrons dans nos rêves, dans notre psyché. Nous entendons son appel. C'est à nous d'y répondre, de retourner vers elle dont nous avons, au fond de nous-mêmes, tant envie et tant besoin. De par sa double tradition de psychanalyste et de conteuse, Clarissa Pinkola Estés nous aide à entreprendre la démarche grâce à cet ouvrage unique, parcouru par le souffle d'une immense générosité. A travers les " fouilles psycho-archéologiques " des ruines de l'inconscient féminin qu'elle effectue depuis plus de vingt ans, elle nous montre la route en faisant appel aux mythes universels et aux contes de toutes les cultures, de la Vierge Marie à Vénus, de Barbe-Bleue à la Petite Marchande d'allumettes. La femme qui récupère sa nature sauvage est comme les loups. Elle court, danse, hurle avec eux. Elle est débordante de vitalité, de créativité, bien dans son corps, vibrante d'âme, donneuse de vie. Il ne tient qu'à nous d'être cette femme-là.

mardi 10 février 2009

Fragiles (2)

Un autre texte tiré du même livre :


La solitude

A quoi bon sortir ? Je m'emmène partout ; partout je me fais de l'ombre. Et puis je suis bien comme ça, je connais mes limites, me resserre, me ressemble. Je regarde. Le monde me traverse, ou bien c'est moi qui le contiens. Quelqu'un attend autant que moi, sinon je ne serais pas triste. Quelqu'un s'attend. Quelqu'un m'attend. Ne pas bouger, ne rien effaroucher. Quand le temps nous aura fait trop de mal un jour viendra.

lundi 9 février 2009

Fragiles (1)

La semaine dernière, je suis allée à la médiathèque, et j'ai pris ce livre : "Fragiles". On pourrait croire que ce livre est destiné aux enfants, mais pourtant, non. Il comporte des petits textes, illustrés de jolis dessins. Des petits textes que j'ai aimés lire. En voici un :


L'identité

Je n'aime pas cette question que je me pose. Je voudrais aimer la réponse, seulement. Entre les miroirs, seuls les autres me voient. Alors je fuis, je vis, je me sens libre, je m'oublie. Les autres me reconnaissent, et ne me connaissent pas. Je reviens au miroir. Je crois quelquefois me connaître - et je ne me reconnais pas.

mercredi 28 janvier 2009

Oser être soi

Faites-vous partie de ceux ou celles qui, pour se faire aimer à tout prix, oublient leur vraie personnalité et se coulent dans un moule, celui que l'autre désire, ou bien faites-vous partie de ceux ou celles qui, quitte à déplaire et à perdre certaines relations, osent s'affirmer tels qu'ils sont ?
Ce thème de réflexion m'a été inspiré par le livre de C. Bensaïd : "Je t'aime la vie", dont voici un extrait :


"Il est un temps où il importe pas tant de plaire ou de déplaire que d'être en accord avec ce que l'on est, ressent et pense. Rentrer dans le jeu de l'autre pour être certain de ne pas le perdre conduit à se perdre. En affirmant ce que l'on est et en restant intransigeant sur ce que l'on veut, peut-être ferons-nous fuir ceux qui nous voudraient différents. Mais ainsi, leur donnerons-nous l'opportunité de nous aimer tel que l'on est.
(...)


Il leur faut, pour s'exprimer, dépasser des peurs profondément ancrées : voir l'autre exploser ou les rejeter dès qu'ils se permettent de l'affronter. Ils ne doivent plus craindre de blesser qui les blesse, de décevoir qui les déçoit, d'abandonner qui les abandonne. Et surtout il leur faut abandonner l'idée qu'ils finiront par obtenir ce qu'ils veulent en faisant sans cesse des pas vers qui les ignore. Pourquoi s'acharner à plaire à qui ne craint pas de nous déplaire ?
(...)


Ils osent alors ce qu'ils n'avaient jamais osé jusque-là. Ils mettent des limites à ce que les autres leur font vivre : précisément à ce qu'ils n'ont pas envie de vivre. Pour y parvenir, ils acceptent de ne pas être parfaits : de ne pas être tels qu'ils aimeraient être dans le regard de ceux qu'ils aiment. Ils prennent le risque, si la situation les y contraint, de se mettre eux-mêmes en défaut. Ils ne craignent plus de rompre avec l'image que les autres ont d'eux. Ni de ce qui peut en être la conséquence : une éventuelle rupture. "

Catherine Bensaïd - Je t'aime la vie

jeudi 19 juin 2008

Quand tu me dis NON !

Quand tu me dis NON !

Cela éveille en moi
des angoisses anciennes
des peurs encore inexplorées
des ombres fugitives d'appels inexpliqués
des abîmes d'inquiétudes sourdes

Quand tu me dis NON !

le ciel se ferme
et ma vie s'arrête
l'espoir se déchire
et la mort se découvre
et je retrouve
le visage fascinant
des instants de vertige

Pourtant
quand tu me dis NON !

c'est ton existence
que tu me révèles
que tu me rappelles
en te refusant
c'est ton désir à TOI
que tu affirmes
que tu me tends
à bout de peurs
à fleur d'espoir

quand tu me dis NON
et que je l'entends
et que je l'accepte
sans me sentir niée
sans me sentir écartelée
nous pouvons commencer à ETRE

TOI et MOI

instant précaire
mais ô combien fertile
d'une RENCONTRE VRAIE

Sarah Charlier

lundi 26 mai 2008

La passion...

Un peu de lecture pour ce début de semaine ?
Et j'attends vos commentaires ou réflexions...

"Dans le choix de notre objet d'amour, même si notre intuition nous fait pressentir une souffrance possible, nous sommes fascinés par certains regards qui nous font revivre les sensations de notre enfance : nous retrouvons le même désir de séduire et de prouver nos capacités d'être aimés, mais aussi la même peur de ne pas être à la hauteur, la même attente anxieuse d'un acquiescement qui semble inespéré...
Il s'agit de rejouer encore et toujours la scène de notre enfance où une situation conflictuelle semble s'être nouée, de recommencer la même lutte, en apparence contre les autres, mais en réalité face à soi-même : nous nous mettons à l'épreuve alors même que nous croyons mettre l'autre à l'épreuve. Nous n'avons d'autre but que de nous prouver à nous-mêmes notre capacité de transformer un regard absent en regard attentif, un regard négatif en regard positif.
La passion relève de cette illusion : l'illusion d'une attente enfin récompensée, l'illusion de transformer le purgatoire de notre passé en paradis, et de combler ainsi pour toujours une sensation de vide douloureuse à porter. Le nouvel objet investi du pouvoir d'apporter cette fois-ci avec certitude amour et reconnaissance ne peut que prendre une place très privilégiée. Dans son regard, nous nous sentons enfin aimables, remarquables, uniques, irremplaçables... nous l'avons choisi pour ce qu'il nous procure, nous en avons fait le don de nous-mêmes pour mieux nous faire aimer.
Mais attention à la disparition de ce miroir valorisant, qu'il n'entraîne pas avec lui notre disparition tout entière ! Après la sensation d'une communication parfaite, survient la faille : la différence, l'impossibilité, l'éloignement. Si nous ne pouvons alors renoncer non pas à l'autre tel qu'il est, mais à l'autre idéal, tel que nous avons voulu le voir, nous allons revivre toutes les différences, toutes les impossibilités, tous les éloignements dont nous avons déjà souffert. Le manque de l'autre devient le manque à être, son absence crée une insupportable sensation de vide, son changement de regard entraîne un bouleversement de notre propre image.
Et plus cet autre est investi d'une attente qui le précédait, plus grand est notre manque à combler, plus fort est ce lien de dépendance. Pris de passion, notre situation est comparable à celle d'un prisonnier focalisé sur des barreaux qu'il s'est créés, incapable dans ces conditions de voir la porte restée ouverte derrière lui.
La passion apparaît alors comme le choix pathologique d'un tortionnaire ; elle met, comme l'indique son sens étymologique, en condition de souffrance. Elle réveille, après les avoir apaisées, les douleurs les plus profondes, elle met à nu pour les avoir exposées les zones les plus fragiles. Elle offre le talon d'Achille au bon vouloir de l'être élu.
La passion en ce sens est une maladie : celui qui croit avoir la sensation de n'avoir jamais été autant lui-même, subit en réalité une situation de fragilité. Et il possède l'illusion de se dépasser, alors qu'il est au contraire totalement dépassé par ce qui lui est donné à vivre : il est emporté par des sentiments qui le submergent, sentiments d'autant plus forts qu'ils ne sont que la répétition d'une situation déjà passionnelle qu'il répète pour n'en être pas encore libéré."

Aime-toi, la vie t'aimera de Catherine Bensaïd,
Ed. R. Laffont, 1992, p. 53-54-55

mercredi 9 avril 2008

De la passion amoureuse et de l'authenticité

Un peu de lecture pour les plus courageux...

Si l'on ne sait pas pourquoi, on sait très bien quand on aime vraiment. Sur ce point, personne ne peut se mentir à soi-même. La mauvaise foi est l'ennemie de la passion : l'amoureux ne joue jamais la comédie très longtemps car, précisément, il vit dans un univers où tout s'accélère à la vue de la personne aimée. "O temps, suspends ton vol", dit le poète. Le temps du passionné est fait d'attente et de suspension. C'est parce que l'amour demande un certain accord avec soi-même que l'authenticité est requise pour aimer. Le menteur peut faire semblant d'être ceci ou cela, de ressentir ce qu'il ne ressent pas. Pas l'amoureux. Mais il faut qu'il dise "oui" à sa propre attirance pour que celle-ci soit sincère. La sincérité naît de l'accord entre ce que l'on dit et ce que l'on pense. C'est la vérité que recherchent les enfants. Et les adultes feraient bien de s'en souvenir, au lieu de préférer la seule vérité "scientifique" - l'accord entre les faits et les discours. La sincérité exclut le petit manège auquel se livrent ceux qui refusent d'être eux-mêmes dans les relations sentimentales.
Tout serait simple s'il n'était pas aussi difficile d'être "soi-même". Tout d'abord, l'identité n'est jamais acquise. On se définit par des actes et non par une nature préétablie. Il faut du temps pour s'apercevoir que son avenir dépend de sa propre faculté à agir et à se reconnaître dans ce que l'on fait. Non seulement personne ne peut nous définir à notre place, mais personne ne peut en lui-même trouver de quoi se "définir" indépendamment de ce qu'il choisit de lui-même. L'identité étant au départ un ensemble vide, être "soi-même", c'est persévérer dans le choix de sa propre identité.
Ensuite, cette identité requiert le jugement d'autrui pour être validée. On n'a pas de "défauts" ou de "qualités" sans le recours à autrui pour nous confier son accord... ou son désaccord. Cette dépendance à l'égard du jugement d'autrui signifie que l'on ne peut se juger soi-même, tout seul, sans l'aide d'autrui. Aimer authentiquement, c'est donc toujours prouver à l'autre quelque chose dans le sens de son amour. Ne pas se reposer sur ses lauriers et agir, même le plus simplement, pour montrer à l'autre l'importance de son existence.
Enfin, la passion ne se vit dans l'authenticité que si les mots suivent ou précèdent les actes sans les contredire. On peut aimer sans le dire mais pas vraiment sans le montrer. C'est pourquoi la sincérité n'est pas si facile, et le mensonge est comme une tentation permanente. Il faut y résister, et, à long terme, on gagne à bannir le mensonge pour la vérité. Dire à l'autre qu'on l'aime n'est pas toujours simple mais il y a mille manières d'être sincère.
Il faut donc ne se priver de rien et oser en paroles, en gestes ce que les rêves proposent. La réalité dépasse souvent l'image que l'on se fait de soi-même. L'authenticité reste donc l'amie intime de la passion amoureuse.

André Guigot,
Petite philosophie de la passion amoureuse
édition Milan 2004, p. 57 à 59

mardi 4 décembre 2007

Cessez d'être gentil...

Cessez d'être gentil soyez vrai !,
de Thomas d'Ansembourg,
Editions de l'Homme, 2004.

Résumé :
Nous sommes souvent plus habiles à dire leurs quatre vérités aux autres qu'à leur exprimer simplement la vérité de ce qui se passe en nous. Nous n'avons d'ailleurs pas appris à tenter de comprendre ce qui se passe en eux. Nous avons davantage appris à être complaisants, à porter un masque, à jouer un rôle. Nous avons pris l'habitude de dissimuler ce qui se passe en nous afin d'acheter la reconnaissance, l'intégration ou un confort apparent plutôt que de nous exprimer tels que nous sommes. Nous avons appris à nous couper de nous-même pour être avec les autres. La violence au quotidien s'enclenche par cette coupure : la non-écoute de soi mène tôt ou tard à la non-écoute de l'autre, le non-respect de soi mène tôt ou tard au non-respect de l'autre.
Cessez d'être gentil, soyez vrai ! est un seau d'eau lancé pour nous réveiller de notre inconscience. Il y a urgence à être davantage conscients de notre manière de penser et d'agir. En illustrant ses propos d'exemples percutants, l'auteur explique comment notre tendance à ignorer ou à méconnaître nos propres besoins nous incite à nous faire violence et à reporter sur d'autres cette violence. Pour éviter de glisser dans une spirale d'incompréhension, il s'agit de reconnaître nos besoins et d'en prendre soin nous-même plutôt que de nous plaindre du fait que personne ne s'en occupe. Ce livre est une invitation à désamorcer la mécanique de la violence, là où elle s'enclenche toujours : dans la conscience et le coeur de chacun de nous.


(...) Quand j'étais enfant, mon besoin d'affection était sans doute principalement satisfait par l'attention de ma mère et de mon père. En grandissant, j'ai pu nourrir ce besoin d'affection également par la relation avec mes frères et soeurs, puis avec les copains et les copines de classe et, plus tard, avec la première amie, les relations amoureuses et les amis. Durant plusieurs années de solitude affective, j'ai pu expérimenter le fait que le besoin existe même s'il n'est pas satisfait. Aujourd'hui, j'ai pris conscience que ce même besoin est sans aucun doute particulièrement et en premier lieu satisfait par ma relation avec ma femme et mes enfants ; mais en même temps, j'ai bien conscience que ce besoin est également satisfait par d'autres relations : la famille, les amis, les compagnons de travail, les personnes en accompagnement. J'ai également conscience que je peux nourrir ce besoin en me berçant d'une musique que j'aime, en me plongeant dans une forêt bruissante de feuillages, en contemplant la fin du jour ou l'arrivée du printemps avec émerveillement.
Je n'attends donc pas de ma femme et de mes enfants qu'ils comblent tout mon besoin d'affection.
Cette attitude comporte deux bienfaits. D'une part, je m'ouvre à l'extraordinaire potentiel d'amour du monde, ce que Rilke décrit sans doute par ce vers : "Une bonté prête à l'envol sur chaque chose veille." Je crois profondément que si nous étions prêts à goûter tout l'amour qui nous est proposé sans cesse sous les mille facettes du monde, nous serions tellement plus en paix. (...) (Extrait p. 97)

Très bon livre, très intéressant et déculpabilisant...

mercredi 7 novembre 2007

Le Zahir

Ce soir, j'ai envie de vous parler d'un autre livre que j'ai lu cet été :
"Le Zahir" de Paulo Coelho.
Encore un livre qui m'a beaucoup parlé. Paulo Coelho, on aime, ou on n'aime pas... moi, j'aime...

Vous connaissez la définition d'un Zahir ? Non. Alors, la voilà, d'après Paulo Coelho :
"Un objet ou un être qui, une fois que nous l'avons rencontré, finit par occuper peu à peu toutes nos pensées, au point que nous ne parvenons plus à nous concentrer sur rien".

Le résumé du livre :
Un écrivain célèbre remet en cause tous les principes qui ont gouverné sa vie lorsque sa femme disparaît sans laisser de traces. Au fil d'un périple qui le conduira de Paris jusqu'en Asie centrale, il traverse la steppe, son désert, sa magie et ses légendes pour retrouver celle qui donne plus que jamais un sens à sa vie.
Paulo Coelho revisite mythes antiques et traditions lointaines pour évoquer les thèmes de la quête de l'amour, de la femme éternelle, du pèlerinage, de la recherche de soi et des origines de la croyance. Il recourt à l'autobiographie pour décrire avec ironie l'état du monde moderne, parler de la liberté et de la solitude, et s'interroger sur l'avenir de l'homme en quête de repères, d'amour et de spiritualité.
Edition Flammarion, 2005.


Quelques extraits de ce livre parmi ceux que j'ai notés :
- "L'amour est une force sauvage. Quand nous essayons de le contrôler, il nous détruit. Quand nous essayons de l'emprisonner, il nous rend esclaves. Quand nous essayons de le comprendre, il nous laisse perdus et confus." (p. 85)
- "Il faut toujours savoir quand une étape arrive à son terme. Clore des cycles, fermer des portes, finir des chapitres - peu importe comment nous appelons cela, l'importance est de laisser dans le passé les moments de la vie qui sont achevés." (p. 147)
- "Le pire, (...) c'est de donner à une personne qui est près de nous l'impression qu'elle n'a pas la moindre importance dans notre vie." (p. 210)
- "Enfin, il m'a expliqué que la souffrance naissait quand nous attendons que les autres nous aiment comme nous l'imaginons, et non comme l'amour doit se manifester - librement, sans contrôle, nous guidant de sa force et nous empêchant de nous arrêter." (p. 282)

J'attends vos commentaires... Vous avez déjà lu des livres de Paulo Coelho. Vous aimez ?

Voilà pour ce soir mes ami(e)s. Passez une bonne soirée, et une bonne nuit. A demain. Bisous à vous.

lundi 5 novembre 2007

Aime-toi, la vie t'aimera

Voici le livre dont j'ai déjà parlé à certains, et dont j'ai déjà mis plusieurs fois des extraits. Il a été mon livre de chevet à une certaine époque.
Je vous le conseille. Il est à lire et relire, sans restriction. Il fait un bien fou !


Collection
Pocket, février 1994

En résumé
Ce désormais "classique" est un véritable remède à lui tout seul et vaut bien des médicaments pour les détresses passagères qui nous empoisonnent l'existence. À travers des cas et des mots simples, Catherine Bensaid nous apporte les clés d'une estime de soi revigorée.

Mot de l'éditeur
"Personne ne m'aime." "Je ne m'accepte pas tel que je suis." "J'ai la sensation de ne pas exister." "Rien ne va jamais comme je veux"
Que pourrons-nous contre ces pensées négatives qui nous obsèdent et nous rendent malades ?
Comment nous libérer des systèmes qui nous empêchent de vivre, sans pour autant entreprendre une psychothérapie ?
Catherine Bensaïd nous propose dans ce livre formidablement tonique de découvrir l'origine de notre douleur, d'apprendre à ne plus se répéter les comportements qui nous font mal, à ne plus suivre les chemins tracés après les autres, bref, à être adulte, à écouter nos désirs et à nous donner, enfin droit au bonheur.

FEMMES ET HOMMES

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents,
Ne vous laissez pas attacher,
ne permettez pas qu'on fasse sur vous des rêves impossibles...
On est en Amour avec vous tant que vous correspondez au rêve que l'on a fait sur vous,
alors le fleuve Amour coule tranquille,
les jours sont heureux sous les marronniers mauves,
Mais s'il vous arrive de ne plus être ce personnage qui marchait dans le rêve,
alors soufflent les vents contraires,
le bateau tangue, la voile se déchire,
on met les canots à la mer,
les mots d'Amour deviennent des mots-couteaux qu'on vous enfonce dans le coeur.
La personne qui hier vous chérissait vous hait aujourd'hui;
La personne qui avait une si belle oreille pour vous écouter pleurer et rire
ne peut plus supporter le son de votre voix.
Plus rien n'est négociable
On a jeté votre valise par la fenêtre,
Il pleut et vous remontez la rue dans votre pardessus noir,
Est-ce aimer que de vouloir que l'autre quitte sa propre route et son propre voyage?
Est-ce aimer que d'enfermer l'autre dans la prison de son propre rêve?

Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
ne vous laissez pas rêver par quelqu'un d'autre que vous même
Chacun a son chemin qu'il est seul parfois à comprendre.
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent,
Si nous pouvions être d'abord toutes et tous et avant tout et premièrement des amants de la vie,
alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs,
Ces éternels mendiants qui perdent tant d'énergie
et tant de temps à attendre des autres des signes,
des baisers, de la reconnaissance
Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la vie,
Tout nous serait cadeau
Nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même
Moi seul connais le chemin qui conduit au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie
et dans sa peau...
A chacun sa texture
son message et ses mots

Julos Beaucarne