En outre, trop de femmes ont fait un terrible voeu, des années auparavant. Etant jeunes, elles ont été privées d'encouragement et de soutien et, tristes et résignées, ont donc posé leur stylo, abandonné leurs pinceaux, cessé de chanter en jurant de ne plus y toucher. Celles qui ont agi ainsi se sont réduites en cendres, sans le savoir, avec leur vie cousue main.
Les complexes peuvent faire très mal et réussir, temporairement du moins, à ce que la femme ne parvienne pas totalement à accomplir l'oeuvre ou à mener la vie souhaitée, et à l'anéantir dans les flammes de sa haine à l'égard d'elle-même. Ainsi de nombreuses années vont-elles se passer à ne pas bouger, ne pas apprendre, ne pas obtenir, ne pas trouver, ne pas engager, ne pas devenir.
Parfois, c'est la jalousie ou la volonté de destruction d'une autre personne à son encontre qui va détruire la vie qu'envisage cette femme. La famille, les professeurs, les mentors ne sont pas censés se montrer destructeurs s'il leur arrive d'éprouver de l'envie et pourtant cela se produit, avec plus ou moins de subtilité. Aucune femme ne peut se permettre de laisser sa vie créatrice suspendue à un fil au cours de sa relation avec un amant, un parent, un professeur, un ou une amie.
Quand sa vie créatrice est ainsi réduite en cendres, la femme perd son trésor vital et commence à se comporter de manière aussi infertile que la Mort. Mais dans son inconscient, le désir des souliers rouges (conte : Les souliers rouges cousus main), de la joie sauvage, est toujours là ; il croît, même, avant d'émerger, avec un appétit féroce.
Quand on est dans un état de Hambre del Alma (la faim de l'âme), quand on est une âme privée de nourriture, la faim est omniprésente. La femme est affamée de tout ce qui va lui permettre de se sentir de nouveau vivante. Après avoir été capturée, elle va prendre tout ce qui lui paraît ressembler au trésor originel, que ce soit ou non bon pour elle. Même si en apparence elle est parfaitement lisse, à l'intérieur, elle n'est que mains qui se tendent et bouche affamée.
Elle va donc prendre toutes les nourritures qui se présentent, car elle tente de compenser des manques du passé. Même si c'est là une situation catastrophique, le Soi sauvage tente sans fin de nous sauver. Il chuchote, gémit dans nos rêves nocturnes jusqu'à ce que nous ayons conscience de notre condition et prenions les premières mesures pour récupérer le trésor.
(...)
Clarissa Pinkola Estés,
Femmes qui courent avec les loups,
Ed. Grasset, 1996, p.212

*** Bonsoir Françoise ! ***
RépondreSupprimerTrès beau texte à méditer et j'aime beaucoup la photo de Laetitia Casta dans "La Jeune fille et les loups"...
*** MERCI ET GROS BISOUS A TOI FRANÇOISE ***
Bonjour, Françoise.
RépondreSupprimerOui, le texte...Ilest beau.
Mais l'image aussi belle.
Un livre de chevet pour toi, n'est-ce pas ?
Bonne journée.
Je t'embrasse.
Vraiment un très beau texte ..
RépondreSupprimerBonne fin de journée Françoise ..
Bisous ensoleillés ..
Ce texte me touche particulièrement... J'ai l'impression qu'il a été écrit pour moi...
RépondreSupprimerJ'ai brisé les chaînes qui m'entravaient au fond de l'eau, dans un dernier sursaut, juste avant de me noyer à tout jamais...
C'était il y a 10 ans..... Et maintenant je crée .... Je vis... J'aime....Je m'aime...
Et ce n'est qu'un extrait. Tout le livre est passionnant !
RépondreSupprimerBonne soirée à vous, bon week-end, et gros bisous !
Je suis affamée!!!(sourire)
RépondreSupprimerSourire, Marlena...
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